L’histoire d’Arthus Zalimas tient tout entière dans un seul instant d’égarement. « Il est des pensées qui changent l’avenir d’un homme ; certaines changent l’avenir d’un monde. » Jadis Arthus, Grand Paladin des Fondateurs, il est aujourd’hui Zalimas, le Paladin Noir. Voici comment le plus lumineux des champions devint l’une des plus grandes terreurs d’Océania.
Arthus Zalimas, Grand Paladin des Fondateurs
On ne sait de sa jeunesse que ce qu’en disent de rares écrits des archives royales. Arthus Zalimas serait né d’une petite noblesse. Il partagea ses jeunes années entre des précepteurs sans intérêt, des prières forcées aux Fondateurs et des leçons d’armes jugées nécessaires pour un noblion de son temps. Une vie insouciante, donc — jusqu’au jour où parut en ville un paladin des Fondateurs, dont le nom s’est perdu, auréolé d’aventures extraordinaires.
Lors d’une invasion de la cité par des titanides, ce paladin sauva Arthus d’une mort certaine. Il fauchait ses assaillants d’une épée de feu bénie des Fondateurs — le présent suprême réservé à un paladin méritant. Puis il prit le jeune homme sous son aile. Il lui enseigna la lutte contre les titanides, l’amour des Fondateurs et le respect de la vie. Ensemble, enfin, ils prirent les routes pour secourir les innocents et répandre la lumière.
À la mort de son mentor, Arthus hérita de l’épée et de la mission. Les années et les exploits lui valurent d’autres bénédictions : son bouclier devint eau, ses gantelets devinrent vent, son armure devint pierre. Ainsi fut-il connu comme le Grand Paladin des Fondateurs, craint des titanides et respecté de tous. Son équipement béni et sa foi le rendaient invulnérable. Et invulnérable, il le resta : aucun ennemi ne put l’abattre. C’est à un âge avancé qu’il s’éteignit dans son lit, de vieillesse.
La pensée de trop
Tout aurait pu s’arrêter là : le souvenir radieux d’un guerrier légendaire, élu de ses dieux, enseveli en grand apparat dans un caveau magnifique. Mais l’histoire a parfois un humour étrange. À son dernier souffle, peut-être saisi par la peur de mourir, Arthus eut une pensée. « Je me croyais immortel… pourquoi dois-je mourir ? »
Innocente, cette pensée l’aurait été chez un autre. Mais aucune pensée n’est innocente dans la tête d’un tel homme. Surtout lorsqu’elle est captée par un grand serviteur de Charon, trop heureux de saisir une faille — et de retourner contre les Fondateurs l’un de leurs plus fidèles champions.
Zalimas, le Paladin Noir
Arthus se réveilla dans son caveau. Il se leva, se sentit bien, jeune à nouveau. Mais son équipement avait perdu toute âme. Son armure était encore de pierre, son bouclier d’eau, ses gants de vent, son épée de feu — et pourtant plus rien ne répondait. Il comprit en voyant paraître son nouveau maître, lui-même incrédule qu’une de ses créatures pût porter des objets bénis. Alors le serviteur de Charon lui expliqua tout.
Fut-ce la corruption de son âme, ou la conviction d’avoir été abandonné des Fondateurs à l’heure de sa mort ? Nul ne le sait. Toujours est-il qu’il se fit appeler Zalimas et voua son éternité à Charon. Il dispersa ses armes bénies aux quatre coins d’Océania. Puis il revêtit une armure noire comme son cœur, et s’arma d’une épée rouge comme son âme : l’épée de Charon. Forgée par son maître, elle ressuscite les morts et s’attache le service des cadavres qu’elle engendre.
Jusqu’à ce jour, nul n’a pu arrêter Zalimas. Avoir porté des objets bénis durant sa vie semble l’avoir immunisé, dans la mort, au pouvoir des Fondateurs — et donc à toute magie. Ainsi sème-t-il sur son passage la terreur, la mort et les morts-vivants. On dit que seul son équipement d’origine, porté par un homme digne, pourrait le vaincre. Mais cet équipement a disparu, éparpillé de par le monde. Et qui sait s’il sera réuni à temps.
Ce portrait appartient à la galerie des héros d’Océania, l’une des portes du cycle Tempêtes et Jambes de Bois — monde maritime de dieux déchus, de malédictions anciennes et de destins que la mort elle-même n’achève pas toujours.
