L’histoire d’Abael et Kaïn est celle de deux frères que sépare une nuit de sang. Certaines vengeances naissent d’une blessure si profonde qu’elles tiennent lieu de toute une vie. Et Abael n’a grandi que pour une chose : tuer son frère. Voici leur histoire — et celle d’une épée forgée par un Titan.
La nuit maudite d’Abael et Kaïn
Réveillé par les cris, Abael sortit de son lit, alluma une bougie et entreprit de descendre l’escalier. Il sentit quelque chose de tiède étendu en travers des marches — juste avant de s’écraser quelques marches plus bas. Dans sa chute, la bougie s’était éteinte. Il ne pouvait plus distinguer l’objet sur lequel il avait trébuché.
Ses yeux se posèrent alors sur la source de lumière la plus proche : la porte d’entrée, ouverte, laissant entrer les rayons de la lune. Et dans l’embrasure, il distingua une silhouette familière — celle de Kaïn, son frère, une épée sanguinolente à la main. À ses pieds gisait le corps sans vie de leur père.
Pris de panique, il tenta à quatre pattes de remonter les marches, et heurta de nouveau la chose tiède : le cadavre de leur mère. Il n’eut pas le temps de crier. L’épée de Kaïn venait de le clouer aux marches, tel un insecte épinglé par un collectionneur.
Seize ans de vengeance
Abael se réveilla en sursaut, le front ruisselant de sueur. Un cauchemar — encore un. Comme chaque nuit depuis seize ans, depuis cette nuit maudite où il avait cru mourir. Instinctivement, ses doigts se posèrent sur son poitrail, effleurant la cicatrice que Kaïn lui avait laissée.
Qu’il soit damné ! Depuis, Abael n’avait vécu que dans l’attente de sa vengeance. Armé de la vieille hache de bûcheron de son père, il n’avait grandi que pour tuer son frère.
Kaïn, lui, avait depuis fondé la guilde impie des Bestarius — des barbares au service des Titans. C’est donc tout naturellement qu’Abael s’en était pris à ses membres. Et à force d’interrogatoires et de tortures, il avait fini par apprendre des choses intéressantes.
Les Armes d’Ortho
Ainsi l’épée que portait Kaïn avait-elle été forgée par le Titan Ortho. Elle conférait à son porteur une puissance monstrueuse, mais souillait son âme de ténèbres. Il y avait donc des années que Kaïn avait renoncé à son âme pour le pouvoir.
Mais cette épée n’était pas la seule arme forgée par le Titan. Il en existerait des dizaines, éparpillées de par le monde : certaines aux mains de guerriers de légende, d’autres abandonnées sur un champ de bataille, d’autres encore dans des reliquaires dédiés aux Titans. Et les Bestarius cherchaient ces armes démoniaques pour asseoir leur puissance.
Abael avait compris que, pour trouver son frère, il lui fallait trouver les Armes d’Ortho. Mais bientôt, ce ne fut plus lui qui traquait les Bestarius : ce furent ces barbares qui voulurent l’éliminer. Dans un sens, cela l’arrangeait — chaque Bestarius qu’il tuait le rapprochait de Kaïn, et de sa vengeance.
Remballant sa tente, il but une rasade d’alcool de pin pour se réchauffer. Il n’eut pas même une pensée pour les corps des huit assassins Bestarius qui brûlaient derrière lui. La prochaine fois, peut-être comprendront-ils qu’il faut plus de huit hommes pour arrêter quelqu’un qui n’a plus rien à perdre.
Ce portrait appartient à la galerie des héros d’Océania, l’une des portes du cycle Tempêtes et Jambes de Bois — monde maritime de dieux déchus, de malédictions anciennes et de vengeances que rien n’apaise. L’histoire d’Abael se poursuit dans les Chroniques d’Abael : Iblis.
