Dans chaque groupe, il y a une place que personne ne veut : devant. Celle où l’on prend les coups en premier. Le Guerrier, lui, la réclame. Certains la prennent pour protéger les leurs, d’autres parce qu’aucune autre place ne leur semble assez proche du fracas. C’est la classe de personnage de celui qui se tient en première ligne et encaisse pour que les autres tiennent debout, à incarner dans le jeu de rôle Tempêtes et Jambes de Bois, sur les mers d’Océania. Il ne le fait pas pour la gloire, mais parce qu’à ses yeux, laisser un autre prendre sa place lui coûterait plus cher que n’importe quel coup.
Là où la porte cède
La porte explose sous le bélier, et c’est son corps qui bouche le trou. Derrière lui, l’équipage a oublié d’un coup comment on tient un sabre. La chose qui monte de la cale a déjà pris deux hommes, le pont sent le sang chaud, et personne n’ose avancer. Personne, sauf lui. Il s’avance seul, juste assez longtemps pour que les autres se souviennent qu’ils ont des bras et une raison de s’en servir.
C’est là son vrai métier. Pas de gagner la bataille en beauté, mais de recevoir le premier coup à la place d’un autre, et de rester debout une seconde de plus qu’il ne le devrait. Sa présence se lit comme un feu dans la nuit. Tant qu’il tient, chacun respire. Le jour où on le voit plier un genou, personne n’a besoin qu’on lui explique : c’est que rien ne va plus.
Vous vouliez juste un méchoui
Le danger, avec lui, ce sont surtout les jours calmes. Il y avait une plage, un mouton qui tournait sur la broche, quelques chopes à partager. Et puis il y a eu lui. Le Guerrier a regardé l’horizon, une lueur s’est allumée dans son œil, et il a dit les mots que tout le groupe apprend vite à redouter : « Ça se joue là-bas, les amis. »
Trois jours plus tard, vous êtes au milieu de mille hommes en armes, vous ne savez plus très bien pour quelle cause, et deux des vôtres ne reverront jamais la plage. Lui sourit déjà au vacarme. Le plus rageant, c’est qu’il n’avait pas menti. Ça se jouait bien là-bas. Il a juste oublié de dire combien ça coûterait.
La brèche finit toujours par se faire payer
Car ça coûte, et le prix se lit sur son corps. Ce qui le rend précieux le rend aussi visible. Il attire les coups comme le mât attire la foudre, et le premier archer venu le cherche des yeux : on abat le mur d’abord, le reste s’écroule ensuite. Alors on l’isole, on le vise, on l’épuise.
S’il encaisse autant, ce n’est pas un cadeau du ciel. C’est une facture qu’il paie morceau par morceau. Une épaule qui ne lèvera plus jamais l’épée aussi haut. Un genou qui grince et annonce la pluie avant les nuages. Un œil resté sur un pont, une main qui ne se referme plus tout à fait, une douleur qu’aucun baume ne fait taire bien longtemps. Ces marques-là restent, et chacune raconte un jour où il s’est mis devant.
Et il y a ceux qui ne rentrent pas. Beaucoup ne deviennent jamais vieux, car le métier ne pardonne pas deux fois. Chacun en a connu un qui a tenu la porte une fois de trop, pour que trois camarades passent derrière lui. De celui-là, il ne reste souvent qu’un nom qu’on crie le soir en levant sa chope, et une place à table que personne, pendant longtemps, n’ose reprendre.
Le repos lui pèse plus que les coups
Alors pourquoi y retourner, en sachant tout ça ? Cette réponse-là, les prudents ne l’entendront jamais. Le Guerrier ne connaît pas de joie plus grande que d’arracher un des siens au pire, en misant sa propre peau pour le faire. Sauver quelqu’un quand il pourrait y rester, c’est le seul moment où il se sent tout à fait vivant.
Enlevez-lui le combat, et vous éteignez quelque chose en lui. Trop longtemps au calme, il devient nerveux, hargneux, prêt à se battre pour un rien. Une vieille maxime d’Océania ne prend pas de gants : lâche est le guerrier qui n’a jamais fait la guerre, et un guerrier sans courage ne vaut pas plus qu’un paysan avec une épée trop chère. Chez lui, le courage n’est pas un ornement. C’est la force qui a redressé toute sa vie, la conviction têtue qu’un homme peut arracher son destin à mains nues.
Du bois à l’acier
Chez beaucoup, tout a commencé par un jouet. Une branche taillée un après-midi d’enfance, une belle épée de bois qui a mis en déroute des armées d’orties et deux ou trois poules mal inspirées. Le temps a passé. Le bois est devenu acier, les poules des adversaires beaucoup moins drôles, et l’idée, elle, n’a pas bougé d’un pouce.
C’est un fil que bien des Guerriers partagent, chacun à sa façon. Certains ont grandi avec une lame de bois au poing. D’autres n’ont serré leur première vraie arme que le jour où il fallait s’en servir tout de suite, ou mourir. Mais le lien finit par se ressembler : à force de la tenir, il en connaît chaque défaut, chaque vibration, chaque éclat manquant. Une seule lui suffit à la fois. Ce sera la lame ébréchée des débuts, ou, pour les plus glorieux, une Lame du colosse. Le reste du râtelier peut prendre la rouille, il ne le regardera pas.
Ceux qu’il entraîne derrière lui
Reste le côté qu’on aime moins raconter. Sa loyauté ne connaît pas de limite, sa prudence à peu près aucune, et c’est un bonheur tant que la chance tient. L’ennui, c’est que le mauvais pas dont il vous tire, la plupart du temps, c’est lui qui vous y avait conduits. Il vous sauvera du feu au péril de sa vie. Encore faudrait-il se demander qui vous y avait jetés.
On le prend souvent pour le plus lourd de la bande, celui qu’on laisse dehors quand il faut ruser ou tenir salon. C’est mal le connaître. Il ne sait peut-être pas tourner un compliment, mais il sent le désastre venir avant les plus fins stratèges. Son savoir n’est pas dans les livres, il est dans le ventre, et il se trompe rarement sur ce qui compte : où frapper, quand tenir, à quelle seconde tout va basculer.
Le vôtre reste à écrire
D’où lui vient cette faim de fracas ? C’est à vous de le décider. Une guerre perdue qu’il rejoue chaque nuit, une cause trahie qu’il défend seul contre tous, un serment prêté sur un mort, ou simplement l’idée qu’une vie sans danger n’est pas une vie. Chaque réponse donne un autre homme, et une autre traînée de tombes derrière lui.
Demandez-vous aussi ce que savent vraiment ceux qui le suivent, et s’ils ont compris le prix de sa première tournée. Gardez enfin pour plus tard la question qui finira par le rattraper. Le jour où sa cause réclamera le sang de ses amis plutôt que le sien, saura-t-il seulement voir la différence ? Le reste, l’acier et les chiffres, se règle à la création. Ici, on n’a parlé que de ce qui le pousse, encore et encore, à courir vers le feu.
Style de jeu : Combattant (corps à corps), classique
