Le Collectionneur — Roi des Lépreux
Fithos ne vaut rien par lui-même. Toute sa puissance, il la prend ailleurs. Voici le Collectionneur, Roi des Lépreux, le seul Titan qu’on puisse dépouiller.
⚠️ Vous entrez dans le Livre du Maître. Ce qui suit dévoile des vérités, des failles et des secrets réservés au meneur de jeu. Si vous êtes joueur, lire au-delà vous gâchera des découvertes. À vous de refermer — ou de continuer en connaissance de cause.
Mission originelle. Préserver les instruments, matrices et connaissances de la création : les objets des Fondateurs, les fragments de leur puissance, les artefacts trop dangereux pour rester sans surveillance. Corruption : il ne conserve plus pour protéger, il rassemble pour s’approprier. Il dépouille les sanctuaires, pille les lieux anciens, et absorbe la puissance de ce qu’il devait garder.
Fithos — origines et nature
À l’origine, Fithos était un gardien. Les Fondateurs lui confièrent leurs instruments et leurs reliques, les objets trop puissants pour rester sans surveillance.
Mais le gardien s’est fait pillard. Il est désormais le Titan du manque.
Comprenez bien ce qu’il est, car aucun autre ne lui ressemble. Seul, Fithos ne vaut presque rien. Toute sa puissance, il la prend ailleurs.
Il collectionne les reliques magiques d’Océania, les pervertit, et les vide de leur magie au profit de la sienne. Sa force ne lui appartient pas : elle est faite de tout ce qu’il a dérobé.
Elle croît avec sa collection, comme elle croît avec le nombre de ses fidèles. C’est un Titan-coffre, un Titan-réceptacle. Ôtez-lui ce qu’il a pris, et il s’effondre.
Là où les autres tiennent leur puissance d’eux-mêmes, lui ne tient la sienne que des autres.
Apparence et aura
On le croise sous forme humaine, comme Lug le Sombre et comme Ortho le Dément.
C’est alors un vieillard cadavérique, la peau sur les os, le visage creusé comme une tête de mort mal recouverte de chair. Il parcourt le monde à califourchon sur un canasson famélique aux genoux tremblants, vêtu de hardes. Un mort qui aurait oublié de s’allonger, échappé d’un ossuaire de Charon.
Son butin en poche, il regagne la fosse nauséabonde qui lui sert de repaire, auprès de sa cohorte d’adorateurs difformes.
Son aura n’est pas la terreur du fauve, mais le malaise du charognard patient. Le regard d’un usurier qui évalue. Celui de l’homme qui vous observe comme on observe un objet qu’on convoite déjà.
Pouvoirs (non chiffrés)
La magie de Fithos est une magie de vol et de perversion. Il prend la puissance d’une relique et la retourne, usant de maléfices que seuls lui et ses zélotes connaissent.
Plus sa collection grossit, plus il est fort. Plus ses fidèles sont nombreux, plus il pèse.
Il ne crée rien. Il capte, il détourne, il accumule. C’est un pouvoir d’emprunt, redoutable tant que le butin tient, vulnérable dès qu’on y touche.
Notez une question que le canon ne tranche pas, et qui peut porter une campagne entière. Fithos devait garder les fragments de la puissance des Fondateurs. Ces fragments sont dispersés dans le monde depuis leur chute, et toute magie usée par un mortel retourne un jour à ses maîtres. Or Fithos, lui, la garde.
Psychologie et comportement
Fithos a l’âme d’un collectionneur. Il convoite, il amasse, il dépouille, et rien ne le rassasie.
Patient comme un usurier, méthodique comme un pilleur de tombes, il poursuit sans fin l’artefact suivant — celui qui manque encore à sa fosse.
Il ne se bat ni pour détruire, ni pour régner. Il se bat pour avoir. Chaque relique perdue par un peuple est, pour lui, une pièce gagnée.
Le canon le range hors de la tripartition de l’Équilibre : ni destructeur pressé, ni parasite calculateur, ni observateur détaché. Une logique propre, la collection, et rien d’autre.
Le marché du lépreux
On raconte que Fithos échange la guérison contre l’allégeance.
Ses lépreux furent jadis des hommes ordinaires, venus mendier un miracle, un soulagement à leur mal. Ils l’ont payé de leur service éternel.
Or ce qu’il donne — un répit, un pouvoir prêté par une relique — n’est jamais gratuit ni entier. On entre dans sa cohorte comme on entre dans une dette qu’on ne soldera pas.
Sa fosse est moins un temple qu’un cabinet de curiosités vivant. Objets volés et hommes brisés y sont rangés côte à côte, étiquetés du même œil avide.
Voilà pourquoi on le nomme le Roi des Lépreux. Ce n’est pas qu’il donne la maladie : c’est qu’il collectionne ceux qui en souffrent.
Relations
Il s’entoure d’adorateurs difformes. Lépreux, souffreteux, estropiés, créatures cousues et contrefaites, êtres rongés d’ulcères. Une cour de misère qui le suit et le sert.
Il n’a ni allié de rang, ni rival déclaré. Les autres Titans le tiennent pour un ramasseur, dangereux surtout par ce qu’il accumule.
Une distinction s’impose, car la confusion est facile. Balz-Buth l’Infect règne sur les maladies elles-mêmes. Fithos, lui, ne répand rien. Il collectionne les êtres brisés comme il collectionne les reliques.
Usage en campagne (MJ)
Fithos est l’antagoniste idéal d’une histoire de reliques. Il convoite ce que les personnages cherchent, ou ce qu’ils détiennent. Il rôde autour des artefacts, il marchande, il dépouille.
Sa faiblesse est claire et jouable, et c’est la plus mécanique du panthéon titanide. Sa puissance n’étant qu’empruntée, tarir sa collection l’affaiblit. Lui reprendre une relique majeure. Délier ses lépreux de leur dette. Briser sa fosse.
On le réduit ainsi, bien mieux qu’en l’affrontant de front. De tous les Titans, c’est celui qu’on dépouille à son tour.
Songez enfin à la meilleure scène qu’il vous offre. Il ne se présente pas en monstre. Il se présente en marchand, sur une route, et propose un échange raisonnable. La plupart des groupes acceptent.
Mythes et rumeurs
On dit qu’aucune relique perdue n’est vraiment perdue, et qu’elle a peut-être rejoint sa fosse.
On dit aussi que là où un objet de pouvoir s’éteint sans raison, le vieillard au canasson est passé.
Et l’on murmure que ses lépreux, sous leurs haillons, furent autrefois des hommes comme les autres — venus demander grâce, et repartis enchaînés.
