L’Infect — Empereur des Mouches
On lui confia l’infiniment petit, et l’on jugea son domaine insignifiant. Balz-Buth s’emploie depuis à démontrer le contraire. Voici l’Infect, l’Empereur des Mouches.
⚠️ Vous entrez dans le Livre du Maître. Ce qui suit dévoile des vérités, des failles et des secrets réservés au meneur de jeu. Si vous êtes joueur, lire au-delà vous gâchera des découvertes. À vous de refermer — ou de continuer en connaissance de cause.
Mission originelle. Avant la vie, modeler la matière inerte — argile, pierre, sédiments — pour préparer le monde. Quand l’explosion des Dieux fit naître la vie, il adapta sa charge : maintenir l’équilibre de la vie microscopique, bactéries, levures, spores et moisissures. Décomposition, fermentation, fertilité des sols. Un domaine jugé insignifiant, pourtant l’un des fondements de toute vie durable. Corruption : humilié pour la petitesse de sa charge, il a transformé l’invisible en arme. Pestes, contaminations, pourritures et maladies capables de traverser les espèces et de ravager des territoires.
Balz-Buth — origines et nature
Bien avant la vie, Balz-Buth modelait la matière brute. Argile, pierre, sédiments : il préparait le monde à accueillir ce qui allait y naître.
Quand la guerre des Titans dispersa les puissances et que la matière irradiée engendra les premières formes vivantes, il adapta son art. De modeleur de l’inerte, il devint manipulateur du vivant microscopique.
Il est ainsi le pont entre les deux âges du monde, le seul Titan dont la charge ait survécu à la chute des dieux.
Voilà pourtant d’où vient sa haine. On lui confia les bactéries, les spores, la fermentation, la pourriture qui fertilise. Et l’on trouva cela petit.
Le domaine était le plus fondamental de tous. Rien ne vit durablement sans lui. Personne ne le vit ainsi, et l’humiliation fit le reste.
Sa nature n’est ni bonne ni mauvaise. Elle suit une seule logique, celle de la décomposition et de la transformation. À chaque cycle de mort, à chaque corps qui pourrit et nourrit la vermine, il se renforce. La fin des choses est, littéralement, sa pâture.
Le peuple l’appelle parfois Balz-Buz, sans savoir qu’on n’estropie pas impunément le nom d’un Titan susceptible.
Apparence et aura
Le plus souvent, Balz-Buth n’a pas de corps. Il est une nuée grouillante de mouches et d’insectes, un nuage bourdonnant dont chaque battement d’aile porte malaise et putréfaction.
Mais quand il choisit de prendre forme, la nuée se condense en une figure colossale et définie. Un empereur d’insectes : une haute silhouette humanoïde tout entière faite de bestioles serrées, drapée de leur masse vrombissante, le visage un masque mouvant de mouches, le front ceint d’une couronne d’ailes.
Sous cette masse, nulle chair. Le grouillement est son corps.
Son aura est discrète et oppressante. Autour de lui, les vivants s’affaiblissent, les plaies suppurent, les fièvres montent. Longtemps avant qu’on ne devine sa présence.
Pouvoirs (non chiffrés)
Balz-Buth maîtrise la décomposition et la contagion.
Il corrompt les organismes, et transforme insectes, rats et corbeaux en vecteurs de peste. Ses foyers d’épidémie s’orchestrent avec une précision troublante — peste, choléra, lèpre.
Ceux qui le vénèrent jusqu’au bout se changent en mouches et s’envolent répandre le mal. Et lui, se gavant de la chair des souffreteux, grossit à mesure que les corps tombent.
Notez que ses maladies traversent les espèces. Ce que porte un rat, un homme peut l’attraper, et une forêt entière peut s’en flétrir. Aucun autre Titan ne frappe à cette échelle sans qu’on le voie venir.
Le dilemme de la nuée
Sa puissance ne tient pas à un corps, mais au nombre.
Dispersé, il est partout et intouchable. Un bourdonnement dans l’air, une fièvre qui monte sans cause.
Aggloméré, il frappe fort, mais s’expose.
Toute sa danse tient à cet équilibre : se répandre pour survivre, se rassembler pour agir. Un meneur avisé construira son scénario autour de cette contrainte, car c’est la seule prise qu’on ait sur lui.
Psychologie et comportement
Balz-Buth est patient, méthodique, implacable, jamais capricieux.
Il ne frappe pas par humeur. Chaque microbe est une pièce sur un échiquier qu’il joue à l’échelle des saisons. Il observe un écosystème, en repère les faiblesses, et y installe ses cycles de maladie comme on sème un champ.
Le temps ne lui coûte rien, et la pourriture finit toujours par gagner.
Le canon le range parmi les parasites calculateurs, avec Adamas, Lilith, Loki, Baal et Erzaebeth. Ceux-là dépendent des hommes et les maintiennent dans une vulnérabilité durable, comme un fermier son bétail.
Le culte du Dévoreur putride
Sous Pandémonia, on l’appelle le Dévoreur putride, la bouche cachée sous la cité.
Sa secte le nourrissait des malades qu’on lui descendait la nuit. Mais sa faim réclame désormais des vivants, sacrifiés les nuits sans lune, dans des fosses cernées de symboles, au plus bas des galeries.
Ce culte ne veut ni or, ni victoire, ni pouvoir. Il veut seulement que la cité continue de pourrir, et que la maladie ne cesse jamais.
Les égouts eux-mêmes semblent lui appartenir. Le réseau a grandi avec la ville comme des viscères de pierre. L’air y est irrespirable, les tunnels paraissent changer d’orientation, et les murs, dit-on, respirent. On y croise des rats gros comme des loups, des crocodiles aux écailles noires, des hybrides grotesques.
Le hurlement primordial
Il faut enfin parler du hurlement.
Par moments, un cri monte des profondeurs. Ni homme, ni bête, ni créature connue : de la rage, de la douleur et un appel mêlés. Ceux qui l’entendent s’effondrent.
Mais les Maudisseurs ne l’entendent pas. Nul ne sait pourquoi.
Certains y voient Balz-Buth lui-même. D’autres une entité plus ancienne que la cité, emprisonnée sous elle. D’autres encore le premier être qu’on sacrifia dans ces égouts, devenu quelque chose que la ville nourrit sans le savoir.
Le canon ne tranche pas, et c’est délibéré. Chaque hurlement annonce une recrudescence des disparitions. Laissez le mystère entier : il vaut mieux que n’importe quelle réponse.
Relations
Il ne cherche ni adoration ni compagnon. Les fidèles ne sont pour lui qu’un moyen.
Les autres Titans le craignent, car il peut contaminer des territoires entiers. Ils le voient comme un outil dangereux, susceptible d’échapper à tout contrôle. Celui qu’on humilia jadis inspire aujourd’hui de la prudence à ses frères.
Une distinction s’impose, car la confusion est fréquente. Fithos le Collectionneur règne sur les reliques perverties et sur le peuple des rejetés. Balz-Buth, lui, règne sur la maladie elle-même.
Usage en campagne (MJ)
Balz-Buth se joue comme une épidémie qui pense.
Il n’arrive jamais en adversaire déclaré. Il s’installe. Une fièvre dans un quartier. Des mouches trop nombreuses. Des rats qui ne fuient plus. Un foyer qui s’étend de ruelle en ruelle.
On le traque par sa source : un culte sous la ville, un porteur, un foyer initial. On referme ses cycles, on assainit.
Et si l’on veut le frapper, lui, il faut le forcer à s’agglomérer, à quitter la nuée pour prendre forme. Dispersé, il glisse entre les doigts comme une fumée bourdonnante.
Réfléchissez à la partie que vous jouez avec lui. Vos joueurs voudront tuer quelque chose. Le scénario les obligera d’abord à brûler des draps, à condamner des puits, à décider qui l’on soigne et qui l’on abandonne. Voilà son vrai visage.
Mythes et rumeurs
On dit que toutes les maladies portent sa signature.
On dit aussi que des villages disparaissent non par le fer, mais par des fièvres inexpliquées.
Et l’on murmure que les mouches sur les cadavres, les rats pesteux, ne sont pas de simples bêtes — mais les instruments conscients d’un Titan qu’on n’a jamais vu venir.
